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Créer et faire vivre une association loi 1901 : le parcours complet

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« On est quatre dans la rue, on veut organiser une bourse aux vélos deux fois par an. Il faut vraiment créer une association ? » La question est arrivée par courriel. La réponse honnête commence par un « peut-être pas ». Vendre trente vélos d’occasion sur un parking prêté par la mairie ne réclame aucune structure juridique. Ouvrir un compte, encaisser des adhésions, signer un bail, demander une subvention : là, oui.

Entre les deux, il y a une loi de trois pages écrite en 1901, deux formulaires et une publication au Journal officiel. Le parcours tient en quelques semaines et coûte zéro euro. Ce qui prend du temps se situe avant, dans les décisions, et après, dans l’entretien.

Ce que la loi de 1901 autorise, et ce qu’elle n’oblige à rien

L’article 1er définit l’association comme la mise en commun, par deux personnes au moins, de connaissances ou d’activité dans un but autre que le partage des bénéfices. L’article 2 ajoute que les associations se forment librement, sans autorisation ni déclaration préalable.

Votre groupe existe donc déjà. Quatre voisins qui organisent une bourse aux vélos forment une association non déclarée, que le droit appelle aussi association de fait. C’est légal, et ça peut durer des années. Il lui manque une seule chose : la personnalité morale.

Sans elle, l’association n’est pas un sujet de droit distinct de ses membres. Pas de compte bancaire à son nom, pas de bail, pas de subvention, pas de salarié, aucun bien à elle. Le matériel acheté reste la propriété indivise de ceux qui l’ont payé. Et celui qui signe la location de la salle des fêtes la signe en son nom propre, avec son patrimoine derrière.

Déclarer, c’est acheter cette personnalité morale. Rien d’autre.

Ce que le groupe veut faireNon déclaréeDéclarée
Organiser une brocante, une fête, un atelierouioui
Encaisser des adhésions sur un compte à son nomnonoui
Signer un bail, un contrat, une conventionnonoui
Demander une subvention à la mairienonoui
Employer un salariénonoui
Posséder du matériel en proprenon, indivision entre les membresoui
Recevoir un don ou un legsnonoui
Agir en justice, ou se défendrenonoui

Les décisions à prendre avant d’écrire les statuts

C’est l’étape la plus longue, et la seule qui ne s’expédie pas. Cinq points se tranchent en réunion, avant qu’un seul article de statuts ne soit rédigé.

L’objet d’abord : ce que l’association fait, en deux ou trois lignes. Trop étroit, il vous oblige à redéclarer dans six mois quand l’activité déborde. Trop vague, une mairie ne saura pas ce qu’elle subventionne. « Promouvoir la mobilité à vélo dans la commune et organiser des événements liés » couvre la bourse aux vélos, un atelier de réparation et une balade dominicale sans rien réécrire.

Le siège social ensuite. Il détermine le greffe des associations compétent, donc le département où part le dossier. S’il est chez un membre, il faut son accord écrit, et se souvenir qu’un déménagement obligera à une déclaration de modification.

Vient la question de qui décide. Le trio président, trésorier, secrétaire n’est imposé par aucun texte. Il est devenu l’usage, et les banques le réclament par habitude. Une direction collégiale, où trois ou cinq personnes signent ensemble, tient parfaitement si les statuts la décrivent.

Reste à définir qui est membre : comment on entre, comment on sort, qui vote. La cotisation n’a rien d’obligatoire non plus. Et la durée, illimitée dans l’immense majorité des cas, sauf pour une association montée le temps d’un festival.

Ces choix se figent ensuite dans un texte, et ce texte est pénible à modifier. La page qui détaille ce qui doit figurer dans les statuts et ce qui n’y a rien à faire dit lesquels de ces articles se recopient d’un modèle sans réfléchir, à tort.

L’assemblée constitutive et son procès-verbal

Une réunion, un ordre du jour, un compte rendu signé. Les membres fondateurs adoptent les statuts et désignent les dirigeants. Le procès-verbal de cette assemblée fait partie des pièces à joindre au dossier de déclaration, avec les statuts datés et signés par deux dirigeants au moins et la liste des dirigeants portant nom, profession, domicile et nationalité.

Un détail administratif fait recaler des dossiers : aucune date de naissance ne doit figurer sur ces documents. C’est une règle du greffe, pas une coquetterie.

Les personnes de seize ans et plus peuvent être membres fondateurs sans rien demander à personne. En dessous, il faut une autorisation écrite du représentant légal.

Les trois formalités qui font exister l’association

Elles s’enchaînent, et la troisième est celle qui compte vraiment.

La déclaration se dépose au greffe des associations du département du siège. Le téléservice e-création la traite entièrement en ligne, et c’est le chemin qui produit le moins de rejets, parce que les champs obligatoires y sont contrôlés à la saisie. Le dépôt sur place ou l’envoi postal restent possibles, avec les formulaires cerfa correspondants.

Le récépissé arrive sous cinq jours. Il porte le numéro RNA, une lettre W suivie de neuf chiffres, qui identifie l’association au Répertoire national des associations. C’est la première chose qu’une banque vous demandera.

La publication au Journal officiel des associations se demande en même temps que la déclaration, sur le même formulaire. La direction de l’information légale et administrative publie sous dix jours, tous les mardis. Depuis le 1er janvier 2020, cette publication ne coûte rien : les tarifs de 44 € ou de 150 € qui circulent encore datent d’avant cette date.

C’est cette parution qui rend l’association opposable aux tiers. Avant elle, le récépissé prouve que le dossier est déposé, rien de plus. Le détail des écrans, des pièces jointes et de ce qu’on reçoit à chaque étape est sur la page consacrée à la déclaration au greffe des associations.

Le numéro SIRET ne vient pas avec le RNA

C’est la confusion la plus fréquente des premiers mois. Le RNA identifie l’association auprès du ministère de l’Intérieur. Le SIRET l’identifie auprès de l’Insee, et il ne s’obtient pas tout seul.

Trois situations le rendent nécessaire, et chacune passe par un interlocuteur différent. Une demande de subvention auprès de l’État ou d’une collectivité : l’immatriculation se demande en ligne. L’embauche d’un salarié : c’est l’Urssaf. Une activité soumise à la TVA ou à l’impôt sur les sociétés : c’est le service des impôts des entreprises.

Une association qui vit de cotisations et de la buvette de sa fête annuelle n’a besoin d’aucun des trois. Le Siren compte neuf chiffres, le Siret quatorze, dont les cinq derniers désignent l’établissement.

Trois départements relèvent d’un autre droit

Dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle, la loi de 1901 ne s’applique pas. Le droit local, hérité de la période allemande et maintenu par la loi du 1er juin 1924, impose un parcours différent sur trois points au moins.

Il faut sept membres fondateurs, et non deux. L’association s’inscrit au registre des associations tenu par le tribunal judiciaire, pas au greffe de la préfecture. La publication se fait dans un journal d’annonces légales, aux frais de l’association : c’est le seul cas où la création coûte réellement quelque chose.

Le récépissé arrive dans le même délai de cinq jours. En revanche, une association de droit local n’a besoin d’un numéro Sirene que si elle emploie du personnel.

Ce qu’il faut redéclarer, et les trois mois qui comptent

Une association vit : elle change de bureau, elle déménage, elle élargit son objet. Chacun de ces mouvements se signale. Le nom, l’objet, le siège, l’adresse de gestion, la composition de la direction, toute modification des statuts : le greffe doit être informé dans les trois mois qui suivent la décision.

Le délai n’est pas indicatif. L’article 8 de la loi de 1901 punit l’omission d’une amende pouvant atteindre 1 500 €, portée à 3 000 € en cas de récidive. La sanction est rare. L’autre conséquence, elle, est immédiate : un changement non déclaré n’est pas opposable aux tiers. Une banque qui vérifie le RNA refusera la nouvelle signature, et un financeur retournera un dossier signé par une présidente qui, pour l’administration, n’est pas encore en fonction.

Ce qui changeDélaiÀ qui on le dit
Nom, sigle ou objet3 moisgreffe des associations
Siège social, adresse de gestion3 moisgreffe des associations
Composition du bureau ou de la direction3 moisgreffe des associations
Texte des statuts3 moisgreffe des associations
L’un de ces points, si l’association a un Siretdans la fouléeInsee
L’un de ces points, si elle emploiedans la fouléeUrssaf

Le registre spécial, que d’anciens modèles de statuts imposent encore, n’existe plus. L’ordonnance du 23 juillet 2015 l’a supprimé, et l’article du décret de 1901 qui le prévoyait a été abrogé en mai 2017. Tenir un classeur des délibérations reste une bonne idée ; ce n’est plus une obligation, et personne ne viendra le contrôler.

Les rendez-vous qui font tenir l’association sur la durée

La loi de 1901 n’impose aucune assemblée générale. Ce sont vos statuts qui la rendent obligatoire, et à leur suite la banque, qui réclame un procès-verbal à chaque changement de signataire, ainsi que le financeur, qui exige un rapport d’activité voté. La page sur l’assemblée générale et le quitus donné au bureau sortant explique comment la convoquer et pourquoi le procès-verbal protège ceux qui partent.

Côté comptes, aucune obligation générale ne pèse sur une petite association. Un cahier de recettes et de dépenses tenu correctement suffit, et il suffira longtemps. Le seuil est de 153 000 € : au-delà de ce montant de subventions publiques, ou de dons ouvrant droit à réduction d’impôt, l’association doit établir des comptes annuels, les faire certifier par un commissaire aux comptes et les publier.

Reste l’assurance. La responsabilité civile devient obligatoire dès qu’on organise une activité sportive, qu’on accueille des mineurs ou qu’on occupe un local. Ailleurs, elle relève du choix, et le choix est vite fait. Le contrat coûte quelques dizaines d’euros par an et couvre le dirigeant autant que l’association.

Par où commencer quand on n’a encore rien

Réunissez les personnes qui portent le projet et écrivez l’objet en trois lignes. Si cette phrase ne vient pas, le projet n’est pas mûr, et aucun statut ne le rendra plus clair.

Demandez-vous ensuite si vous avez besoin d’un compte bancaire, d’une subvention ou d’un local. Trois « non » signifient que rien ne presse : votre groupe fonctionne déjà, et il peut continuer ainsi.

Un « oui » lance le parcours. Comptez une soirée pour les statuts, une réunion pour l’assemblée constitutive, une demi-heure pour la déclaration en ligne et deux à trois semaines avant de tenir la parution qui ouvrira le compte.

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