Habitat & Consommation Durable

Comment trier ses biodéchets chez soi : cinq solutions, et ce qu'elles demandent vraiment

par fred 9 min de lecture

Un tiers de ce que vous jetez dans la poubelle grise n’aurait rien à y faire. Épluchures, marc de café, restes de repas, coquilles d’œufs : l’ADEME chiffre ces biodéchets à 83 kg par habitant et par an, brûlés ou enfouis avec le reste.

Depuis le 1er janvier 2024, votre commune doit vous proposer une solution pour les sortir de là. Rien à signer, personne à prévenir. Le problème qui reste est domestique : où poser le seau, combien de minutes par semaine y passer, et quoi faire quand on habite au troisième étage sans balcon.

En bref :

  • L’obligation de tri à la source vise la collectivité, qui doit proposer une solution ; aucun texte national ne prévoit d’amende pour un particulier.
  • Cinq solutions coexistent. Le prix les départage rarement, la place et les minutes beaucoup plus.
  • Le composteur de jardin et le composteur de pied d’immeuble sont le plus souvent fournis par la collectivité, sans frais.
  • Le lombricomposteur tient dans un appartement, à condition de rester entre 15 et 25 °C et d’être nourri avec méthode.
  • Le broyeur d’évier est interdit en France sauf dérogation préfectorale, et ne vaut pas tri à la source.

L’obligation pèse sur votre commune, pas sur votre poubelle

La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de février 2020 a fixé au 1er janvier 2024 la généralisation du tri à la source. Le ministère de la transition écologique le dit sans détour sur sa page consacrée au tri à la source des biodéchets : c’est à la collectivité qui détient la compétence « collecte des déchets » qu’il revient d’organiser ce tri pour les citoyens.

Aucun texte ne prévoit de sanction pour l’habitant qui continue de jeter ses épluchures avec le reste. L’ADEME a dû le rappeler elle-même en janvier 2024, devant les messages qui annonçaient une amende en cas de non-compostage : c’est faux, et ça l’est resté.

Là où la collectivité facture au poids ou au nombre de levées, sortir un tiers de sa poubelle grise se lit quand même sur la facture. Ailleurs, le bénéfice est plus prosaïque : moins de jus au fond du sac, moins d’odeurs en été.

Les cinq solutions, rangées par la place qu’elles réclament

SolutionPlace demandéeTempsCoût la première annéeCe qu’elle accepte
Composteur de jardin1 m² de terreun brassage toutes les 2 à 3 semainessouvent nul, dotation de la collectivitéépluchures et déchets verts
Composteur de pied d’immeubleun espace vert communquelques minutes, à tour de rôlenul, matériel et formation fournisdéchets de cuisine, déchets verts selon le site
Lombricomposteurun bac à étages, entre 15 et 25 °Cenviron 5 minutes par semaineà votre charge, parfois subventionnéépluchures ; ni agrumes, ni viande, ni laitages
Bac ou borne de collecteun bioseau sur le plan de travailun aller-retour par semainenulce que la collectivité annonce
Broyeur d’éviersous l’évieraucunachat et pose à votre chargeinterdit sauf dérogation préfectorale

Trois de ces cinq solutions ne coûtent rien à l’habitant. Ce qui tranche, c’est un mètre carré dehors, un placard ventilé, ou une borne à trois minutes à pied.

Le composteur de jardin, et celui du pied d’immeuble

Avec un mètre carré de terre, même dans une courette, le composteur classique reste le plus direct. Beaucoup de collectivités le distribuent : Bordeaux Métropole organise des distributions gratuites sur inscription, d’autres demandent quelques euros de participation. Un appel au service déchets de l’agglomération suffit pour savoir lequel des deux régimes s’applique chez vous.

Le geste demande de la matière sèche autant que des épluchures. Feuilles mortes, carton brun déchiré, brindilles : sans elles, le tas se tasse, se gorge d’eau et sent. Un brassage toutes les deux ou trois semaines, et le premier compost mûr arrive au bout de six à douze mois.

Sans jardin, le même bac existe au pied de l’immeuble, et c’est un projet de voisinage avant d’être un projet technique. Chez un syndicat comme le SMITOM-LOMBRIC, en Seine-et-Marne, il faut douze foyers volontaires, deux ou trois habitants prêts à devenir référents de site, un espace vert à proximité et un vote en assemblée générale de copropriété. Le syndicat fournit les bacs, forme gratuitement les référents et suit le site pendant un an. Réunir douze foyers est la partie longue, et elle ressemble à toutes les autres façons d’faire bouger quelque chose dans un immeuble : une affiche dans le hall, une date, les gens qui viennent.

Le lombricomposteur : 250 g de vers pour 250 g d’épluchures

En appartement, ce sont des vers qui travaillent, dans un bac à étages posé dans la cuisine, sur le balcon ou dans un placard ventilé. Le calcul est direct : les vers mangent en moyenne leur poids par jour, donc 250 g de déchets quotidiens réclament au moins 250 g de vers. Un foyer sous-équipé en vers rate son démarrage, et c’est l’erreur la plus courante.

On installe d’abord une litière humide de papier journal ou de copeaux, on dépose les vers, et on attend deux à trois semaines avant de les nourrir. Ensuite, des déchets coupés en petits morceaux, sans viande, sans produits laitiers, sans agrumes, ni ail, ni oignon, ni poireau, qui est vermifuge. La température doit rester entre 15 et 25 °C, ce qui exclut un balcon plein sud en juillet.

Les odeurs et les moucherons signalent presque toujours un excès d’humidité. Le test consiste à presser une poignée de compost : si l’eau coule, il manque du carton. Au bout de quatre mois, le compost est mûr, et le bac du bas rend un jus à diluer au dixième pour arroser les plantes. Un coin de verdure sur un rebord de fenêtre en absorbe largement la production.

La collecte séparée : le bac, ou la borne au coin de la rue

Elle ne demande aucun apprentissage, et dépend entièrement de votre commune : début 2024, vingt millions d’habitants étaient desservis par un bac individuel, un bac partagé ou une borne d’apport volontaire.

Deux choses changent tout à l’usage. Beaucoup de collectes ne prennent que les déchets alimentaires et refusent les déchets verts, qui partent en déchèterie. Et le sac compte : certaines collectivités fournissent un bioseau et des sacs kraft ou compostables, d’autres demandent un apport en vrac, et un sac plastique ordinaire suffit à faire refuser un chargement entier à la plateforme de compostage.

La réponse pour votre adresse se trouve sur l’annuaire de l’ADEME ou sur le site de votre agglomération, rubrique déchets. Profitez-en pour relire les autres consignes : les erreurs de bac les plus fréquentes concernent rarement les biodéchets.

Le broyeur d’évier : ce que dit la loi avant ce que dit la notice

L’appareil se loge sous l’évier, broie les restes et les envoie à l’égout. Aucun bac à sortir, aucune patience à avoir : voilà pourquoi il tente autant au troisième étage sans balcon.

Il est pourtant interdit en France, sauf dérogation. L’article R. 1331-2 du code de la santé publique proscrit d’introduire dans les systèmes de collecte des eaux usées « des déchets solides, y compris après broyage ». L’article 83 du règlement sanitaire départemental type reprend cette interdiction et ouvre une dérogation préfectorale à trois conditions : une installation exclusivement ménagère, des ouvrages d’assainissement en aval capables d’encaisser la charge, et aucune nuisance sonore pour les voisins. La demande passe par la préfecture, avec l’accord du service d’assainissement.

Le motif est chiffré. Dans sa note sur les broyeurs d’éviers, l’ADEME estime qu’un habitant qui enverrait ses déchets de cuisine à l’évier ajouterait chaque jour 28,8 g de matières en suspension et 34,2 g de demande chimique en oxygène à ce qui arrive en station, soit 72 % et 38 % de plus qu’aujourd’hui, avec six litres d’eau usée supplémentaires. Peu de stations françaises possèdent le décanteur primaire qui saurait récupérer cette matière pour la méthaniser ; ailleurs, elle perturbe le bassin d’aération et la filière boue. Du point de vue de la loi de 2020, enfin, rien n’a été trié : la matière est partie à l’égout au lieu de revenir au sol.

Des foyers en installent quand même, et tous les appareils ne se valent pas. Les modèles vendus en France se distinguent surtout par leur puissance, leur niveau sonore et ce qu’ils acceptent ou non ; Le Bon Broyeur les met côte à côte, ce que cette page ne fait pas. Une famille d’appareils échappe d’ailleurs à l’interdiction : ceux qui stockent la matière broyée dans un réservoir étanche, vidé par un camion puis méthanisé, ne rejettent rien au réseau.

Le geste de ce week-end

Posez un récipient fermé d’un litre ou deux sur le plan de travail, et arrêtez-vous là. Une semaine suffit pour voir ce que vous produisez : deux poignées d’épluchures par jour ne demandent pas le même équipement qu’un foyer de cinq personnes qui cuisine tout.

Passez ensuite l’appel au service déchets, avec une seule question : quelle solution est déployée à mon adresse, et distribuez-vous des composteurs. La réponse tranche entre quatre des cinq options en trois minutes. Le reste relève des habitudes de cuisine qu’on change une par une.

Questions fréquentes

Risque-t-on une amende si on ne trie pas ses biodéchets ?

Non. L’obligation de tri à la source s’adresse aux collectivités, qui doivent proposer une solution à leurs habitants. Aucun texte national ne prévoit de sanction contre un particulier qui jette ses déchets alimentaires dans la poubelle grise.

Que met-on exactement dans un composteur ?

Épluchures, marc de café et filtres, sachets de thé, coquilles d’œufs écrasées, restes de fruits et légumes, fleurs fanées. On évite la viande, le poisson, les produits laitiers et les huiles, qui attirent les animaux. Le carton brun et les feuilles mortes ne sont pas des déchets à faire disparaître : ce sont eux qui font marcher le tas.

Un lombricomposteur sent-il mauvais dans une cuisine ?

Un bac équilibré dégage une odeur de sous-bois, pas davantage. Une odeur désagréable veut dire trop d’humidité ou trop de déchets d’un coup : on ajoute du carton déchiré, on aère, on suspend les apports quelques jours.

Que faire de son compost quand on vit en appartement ?

Les plantes d’intérieur, les jardinières et le balcon en absorbent une partie. Le surplus se donne sans difficulté à un composteur de quartier, à un jardin collectif ou à un voisin qui jardine.

Le broyeur d’évier est-il légal chez moi ?

Par défaut, non : l’usage est interdit sauf dérogation préfectorale, accordée aux seuls logements et avec l’accord du service d’assainissement. La réponse pour votre adresse figure dans le règlement d’assainissement de votre collectivité, consultable sur le site de l’agglomération ou en mairie.

Faut-il un composteur si on jette déjà très peu ?

Pas forcément : une borne d’apport volontaire absorbe le marc de café et quelques épluchures sans rien installer. Et ce qu’on évite de jeter n’a pas besoin d’être composté.

Partager cet article
Écrit par fred